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Audiences publiques
du Comité spécial de l'approvisionnement en bois
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Journée 13
Edmundston
le 22 décembre, 2003 

Four Best Management Ltée, Adam Dechênes, Sylvain Caron, Edmunston, experts et consultants en foresterie.  M. Dechênes a commencé sa présentation en parlant de main d’œuvre et des stratégies pour gérer l’entreposage ou pour replanter en tenant compte de la distribution des plants.

Si nous doublions la superficie des plantations, nous devrions étudier quelle sera la disponibilité de la main d’œuvre dans le futur.  Pour doubler les plantations, d’après notre étude, nos dépenses en sylviculture devraient dépasser les 500 millions de dollars, au lieu des 25 millions qui sont actuellement dépensés.  Où trouverons-nous la main d’œuvre pour faire ça avec une population vieillissante et l’exode des jeunes vers les plus grands centres?

Recommandations :

  • Augmenter les montants alloués pour la sylviculture et ajuster la longueur de la saison (étant donné que c’est un emploi saisonnier), pour garder la jeunesse ici;

  • Se tourner du côté de l’immigration pour se développer économiquement (pour faire de la sylviculture);

  • Investir davantage dans la formation;

  • Reconnaître les formateurs et les institutions de formation;

  • Établir des fonds de formation;

  • Rembourser les associations qui embauchent du personnel certifié.

Sylvain Caron : stratégies pour une gestion efficace de la distribution lors du replantage.

Qu’est-ce que le lotissement?  C’est la proportion de lots qui contiennent au moins une terre pour la régénération, en fonction du nombre de terres dénombrées lors de l’inventaire.

  1. Faire l’inventaire de la régénération sur une partie de terrain donné, dans le but de voir si ce que l’on y retrouve comme réserve est de faible qualité, et de faire des recommandations en conséquence;

  2. Faire l’inventaire 5 ans après la replantation, afin de vérifier quels sont les problèmes avec le lotissement.

Recommandation : cette vérification devrait être faite, aussitôt que possible après la récolte, dans le but de:
-Déterminer quelle est la densité des plantations;
-Augmenter le lotissement là où c’est pauvre;
-Replanter avec des plants plus fort durant la période d’éclaircissage pré-commerciale;

3.   Inventaire après 10 ans :  mise en oeuvre d’une coupe pré-commerciale entre les rangs;

  • Conclusion :  

-Investir dans la main d’œuvre;
-Maximiser les réserves de jeunes pousses;
-Assurer le bon rendement de nos forêts.  

M. Landry, député, s’est informé sur la disponibilité de la main d’œuvre.  M. Caron a répondu que les vêtements protecteurs, l’équipement et les déplacements (jusqu’à trois heures par jour) coûtaient très cher et que finalement cela signifiait que les travailleurs ne recevaient qu’environ 8 dollars l’heure une fois tous leurs coûts déduits; et ce travail est saisonnier seulement.  C’est pourquoi la plus part endure ces conditions pendant environ trois années et abandonne ensuite parce que ce n’est pas assez bien payé.  Au Maine, ce sont principalement des Mexicains qui travaillent en sylviculture.  M. Landry en vînt donc à la conclusion que c’étaient les conditions de travail et non pas le manque de main-d’œuvre qui était le problème.  Qu’arrive-t-il lorsque les Mexicains font ce travail?  Ils construisent des camps, y restent 10 mois et font le travail saisonnier en suivant les travaux.

Clément Arpin, Marie-Christine Arpin, André Arpin, de Kedgwick.
Tout d’abord, Mme Arpin souligna le nombre d’emploi créé par unité de bois coupé.  Les entreprises des pâtes et papiers ne s’intéressent pas à la création d’emplois.  Alors que dans les entreprises à haute valeur ajoutée on crée 25 emplois par unité de bois coupé, dans l’industrie des pâtes et papiers l’on n’arrive même pas à créer un seul emploi par unité de bois coupé. 

Par ailleurs, les coupes dans les zones tampons et dans les refuges de chevreuils n’amélioreront ni l’environnement ni notre qualité de vie.  Ce que nous voulons est d’être les véritables patrons de nos propres terres, d’être maître chez nous au Nouveau-Brunswick.  Nous devons organiser et gérer nos forêts pour les futures générations et pour la création d’emplois.

M. Clément Arpin est le plus petit détenteur de permis de coupe au Nouveau-Brunswick, mais c’est lui qui a réussi le plus haut taux d’emploi par unité de bois coupé.  Au cours des ans, il est devenu l’expert en grande valeur ajoutée.  Les gouvernements font des cadeaux aux entreprises de pâtes et papier, mais celles-ci en retour demandent d’obtenir un plus grand contrôle sur les terres de la Couronne.

Recommandations : 

  1. Le gouvernement devrait adopter une politique de haute valeur ajoutée qui vise la création d’emplois;

  2. Le gouvernement ne devrait pas abandonner le contrôle des terres de la Couronne aux grandes entreprises;

  3. On devrait enseigner aux jeunes comment accroître la valeur ajoutée à nos ressources naturelles et comment transformer nos ressources pour leur ajouter une grande valeur ici au Nouveau-Brunswick.

Il arrive souvent à M. Arpin de travailler avec des jeunes qui ont abandonné leur formation, il les forme lui-même.  Ainsi, ils deviennent des travailleurs formés et autosuffisants avec de bons salaires.  Si nous investissons dans les secteurs à haute valeur ajoutée, nous n’aurions aucune difficulté à remplacer les emplois qui se perdent dans le secteur des pâtes et papiers.  Et de surcroît, les salaires seraient augmentés.  Les employés de M. Arpin sont payés entre 23$ et 28$ de l’heure parce qu’ils le valent.  Il emploie présentement 20 personnes et il prévoit qu’il aura besoin de 150 personnes et qu’aucun d’entre elles ne viendra des écoles spécialisées.  Bien sûr, certaines personnes sont formées par les grandes scieries qui n’ajoutent presque aucune valeur à leurs ressources premières :  tout juste la coupe.  Le secteur des pâtes est devenu un monstre incontrôlable qui n’offre que des emplois mal payés.  Si nous n’investissons pas dans le secteur à haute valeur ajoutée et dans la formation adéquate du personnel, nous ferons face à la lente fermeture du secteur des pâtes et papier parce que nous n’aurons pas investi dans notre propre futur.  La formation offerte par les collèges communautaires du N.-B. ne rencontre pas les besoins des petites entreprises, ils n’ont qu’une formation axée sur les grandes scieries, mais ce n’est véritablement pas un secteur à haute valeur ajoutée.  Il faut faire beaucoup plus que scier le bois pour y ajouter une grande valeur, il faut le transformer.  Plus nous transformons le bois au N.-B., plus nous y ajoutons de la valeur.

En réalité, c’est l’industrie de la pâte qui crée le moins d’emploi mais celle-ci voudrait obtenir le plein contrôle sur l’ensemble de nos terres de la Couronne.  Pourquoi vouloir suivre le modèle finnois qui doublerait la production des grandes entreprises qui créent le moins d’emplois?  Nos ressources disparaissent à cause de la guerre entre les grandes entreprises mondiales du papier.  Si nous ne changeons pas radicalement de direction, l’entreprise de M. Arpin à haute valeur ajoutée devra déménager ailleurs.  Devons-nous vivre à l’ombre de la voracité de ces grandes entreprises ou bien saurons-nous prendre notre futur entre nos propres mains?  Toutes les études démontrent que nous pouvons vivre confortablement en investissant dans les entreprises à haute valeur ajoutée.  Les employés pourront vivre adéquatement, regagner leur dignité et leur fierté lorsqu’ils verront ce qu’ils produisent ici au Nouveau-Brunswick.


Exemples d’entreprises qui 
ajoutent une grande valeur aux bois

Par ailleurs, l’écotourisme est également menacé par les coupes à blanc jusqu’aux cours d’eau.  Et pour se rendre aux cours d’eau, il faut franchir les déserts créés par les coupes à blanc.  Il serait essentiel que l’on entreprenne l’éducation environnementale du Nouveau-Brunswick et que nous utilisions de bien meilleures pratiques sylvicoles.

L’industrie du meuble, l’ébénisterie, la fabrication de clôtures, de cadre de portes et de fenêtres sont tous des exemples d’entreprises qui ajoutent une grande valeur aux bois de différentes sortes (le peuplier ou le cèdre par exemple).  Ce sont des industries flexibles et innovatrices.  Il n’y a pas de futur dans l’appui aux grandes entreprises de la pâte à papier qui subissent une guerre mondiale qu’ils ne peuvent gagner dans nos froides forêts diversifiées.

M. Frank Johnston, Grand Falls, souhaite poser des questions à propos de ce rapport Jaakko-Pöyry, un document extraordinaire de politique publique qui ne contient aucune référence et dont les assertions ne sont pas vérifiables.  Même à l’intérieur du document plusieurs propositions se contredisent.  Par exemple, le rapport prétend que le N.-B. présente un environnement réglementaire complexe, alors qu’en réalité l’étude démontre que les forêts de l’Ontario sont beaucoup plus réglementées et que ce sont les Finlandais qui ont les règlements les moins sévères.  Un graphique dans le rapport démontre aussi que le niveau de protection des forêts du N.-B. est moins élevé qu’ailleurs.  M. Johnston souligne que même les Finlandais se plaignent du niveau inadéquat de protection de leurs forêts. 

D’autre part, les changements climatiques ne sont même pas considéré dans le rapport Jaakko-Pöyry ni même les services environnementaux d’une forêt debout et en santé.  Quels seront donc certaines des conséquences de la mise en œuvre des recommandations du rapport Jaakko-Pöyry?  Par exemple, la coupe jusqu’au cours d’eau et dans les zones tampons afin de répondre aux besoins à court terme des entreprises.  La forêt offre une protection contre les inondations et les crues des cours d’eau.  Des recherches fondamentales, disponibles au public, démontrent clairement que la réduction du couvert forestier ne peut que résulter dans des crues plus sévères.  L’intérêt que porte M. Johnston aux cartes numériques l’a incité à créer des modèles tirés de l’Atlas du Canada.  Les tourbières de la vallée de la Saint-Jean, par exemple, seront modérément affectées.  De plus les changements climatiques augmenteront les risques de feux de forêt particulièrement au centre du N.-B.  Plus tard dans ce siècle, les feux de forêt seront plus fréquents.  Les rivières sont également très sensibles aux changements climatiques.  M. Johnston a présenté des photos démontrant le bas niveau d’eau dans la Saint-Jean à Grand Sault en novembre 2003.  Les trois portes du barrage sont ouvertes le 22 décembre 2003.  Les changements climatiques vont affecter sérieusement la vallée de la Saint-Jean.  Les barrages hydroélectriques de la Saint-Jean ont prévu un exédent de 3,3 mètres, et nous pouvons déjà constater une augmentation des niveaux des eaux, de sérieuses inondations sont à prévoir.  Si jamais par malheur les recommandations du rapport Jaakko-Pöyry étaient mises en œuvre, une analyse complète devrait être préparée pour prévoir des scénarios d’interventions.  De plus en Finlande, un niveau élevé de surveillance est en place et des incitations monétaires sont en place pour forcer les entreprises à suivre de meilleures pratiques sylvicoles.  Et après que la supervision des forêts fut relachée à cause de contraintes budgétaires, elles furent rapidement renforcées à cause de la dégradation environnementale observée.  M. Johnston souhaita finalement que le meilleur intérêt de toute la population soit à la base des décisions qui seront prises à propos des terres de la Couronne.

Messieurs les maires du village de Kedgwick et de Saint-Quentin, respectivement Jean-Paul Savoie et David Moreau.
M. Moreau commença par un profil de Saint-Quentin, une ville de 4000 habitants située à une élévation d’environ 1000 pieds au centre d’un plateau pittoresque au nord des Appalaches.  La forêt est le plus grand employeur :  le groupe Savoie North American Forest Product emploie plus de 600 personnes qui ont un impact majeur dans cette petite communauté. 

Ils proposent la création d’une vision de l’avenir :  définir ce que nous souhaitons voir dans le futur, et travailler ensuite pour le réaliser; cette démarche qui doit inclure tous les secteurs du développement de la forêt.  Nous devrions développer une structure de cogestion où l’industrie, de pair avec tous les autres usagers s’assoient ensemble, et en viennent à implanter un mode d’utilisation équitable des bois durs et des bois mous, et où tous les autres usagers peuvent avoir accès à la forêt!  Il est inacceptable que l’industrie soit l’unique gestionnaire de la forêt.  M. Moreau a demandé que le gouvernement change radicalement la loi qui gouverne l’accès aux terres de la Couronne.

Par conséquent, la municipalité de St-Quentin recommande :

  • Étant donné que le gouvernement du N.-B. a confié la gestion de notre forêt publique à 10 multinationales, créant ainsi un oligopole détenu par une élite, ceci qui est inacceptable;

  • Étant donné que la gestion de nos forêts a un impact économique et une incidence sociale sur nos municipalités et nos villages;

  • Étant donné que par leur lettre demandant de changer radicalement la loi (Loi sur les terres et forêts), les multinationales admettent simplement leur faillite;

  • Étant donné que la principale réserve de bois diminue rapidement en quantité et en qualité pour les sous-traitants;

  • Étant donné que les sous-traitants sont des entreprises locales et qu’elles constituent une source principale d’emplois;

  • Étant donné que les permis ne sont pas émis par la province (sic) et changent de mains régulièrement et que ceux-ci, de pair avec des considérations diverses, contribuent à une situation économique instable;

La ville de Saint-Quention recommande : 

Qu’il soit résolu que la municipalité de St-Quentin insiste pour dire que les terres de la Couronne soient cogérées par l’industrie avec toutes les autres parties prenantes (récréation, écotourisme, industrie de haute valeur ajoutée, chasse et pêche, bois de chauffage et autres groupes), tout en respectant les allocations déjà en place.

J.-P. Savoie, maire de Kedgwick, a rappelé au comité que les recommandations de l’association des municipalités francophones, représentant 42 municipalités francophones, étaient similaires à ces deux demandes; que les terres de la Couronne soient cogérées par toutes les parties prenantes.

M. Savoie a présenté un bref profil de Kedgewick :  un nom Mi’qmaq qui signifie « la rencontre de deux rivières. »  M. Savoie a insisté pour que le comité mette en place une nouvelle structure, un changement de structure incluant tous les secteurs qui ne sont pas représentés, et qu’il établisse, ce qui n’enlèvera rien à la foresterie communautaire, une structure de cogestion, une instance où ils pourront définir leur propre avenir, la foresterie communautaire et un plan de gestion qui invitera plus de monde à la table.  Il a demandé qu’un amendement soit apporté à la Loi sur les terres et forêts qui redéfinisse la structuration de la co-gestion.  En ce moment, les gens sont très bouleversés, par exemple, lorsqu’ils ne peuvent pas obtenir de bois de chauffage provenant des terres de la Couronne; il y a quelque chose qui va vraiment mal.  Lorsque, pour citer un autre exemple, une école se voit refuser par le ministère des Ressources naturelles de leur donner un seul arbre. 

Lorsqu’on l’a questionné sur le fait d’engager des travailleurs étrangers, M. Savoie a répondu qu’il était plus important d’établir de meilleurs critères d’embauche et de meilleures normes pour améliorer les conditions de travail, plutôt que d’engager des personnes venant d’ailleurs.  C’est ce que nous devrions faire à l’exemple du Québec.  Là bas, on retrouve déjà plusieurs entreprises à haute valeur ajoutée qui transforment le bois dur.  Et maintenant c’est dans le domaine du bois mou que l’on devrait établir des entreprises à haute valeur ajoutée.  En somme ce que nous recommandons est de changer l’actuelle structure et de placer tous les usagers à la même table; ainsi, une véritable révolution changera notre province. 

On demanda alors à M. Savoie pourquoi tant de gens regardent du coté de la foresterie communautaire?  C’est parce que les gens n’ont pas d’autres choix, selon M. Savoie.  Ou bien ils doivent subir l’oligopole actuel ou bien ils préfèrent obtenir un certain contrôle sur leurs vies.  Par exemple, la Coalition Stillwater avec ses 3000 hectares a de la difficulté et Kedgwick n’est pas intéressée par la foresterie communautaire.  Présentement, les détenteurs de permis et le gouvernement décident où et quand se déplacera chaque pièce de bois.  Nous suggérons plutôt de réunir tous les intéressés et de leur donner un pouvoir égal.  Le gouvernement fédéral se désintéresse complètement de ses responsabilités envers les forêts du Nouveau-Brunswick. 

En réponse à une question concernant la diminution du personnel de supervision pour la protection des cours d’eau, M. Savoie a répondu qu’il y avait 16 personnes affectées à cette fonction et que les Libéraux les ont libérées de ces fonctions et qu’il ne reste qu’une seule personne actuellement.  Les Conservateurs n’ont rien fait pour les remettre en place afin de protéger nos rivières et nos forêts.  Il est donc clair pour M. Savoie que nous n’avons pas le personnel nécessaire pour assurer la protection qui devrait être en place.

Adrien Charette, amant de la nature, de la forêt et de l’environnement, trappeur professionnel et instructeur certifié de piégeage, membre du Comité consultatif de la rivière verte et de la haute Madawaska pour Nexfor-Fraser et aussi membre de la Fédération de la faune du Nouveau-Brunswick.  En 1990, M. Charrette a été membre de la Table ronde du premier ministre sur l’environnement et l’économie et il a été le secrétaire du comité consultatif du ministère des Ressources naturelles sur le piégeage.

M. Charrette est très inquiet à propos des conséquences de la façon que nos forêts sont traitées et de la manière qu’elles pourraient être exploitées dans le futur.  Au milieu des années 80, plusieurs d’entre nous avons prédit la disparition du chevreuil dans le nord du Nouveau-Brunswick.  Impossible ont répondu les biologistes à l’emploi du gouvernement provincial.  En 1993, les habitants du nord du Nouveau-Brunswick ont perdu le privilège de chasser le chevreuil et depuis il n’y a plus de chasse.  Les coupes à blanc, les coyotes, les braconniers, les hivers rigoureux, les coupes dans les refuges de chevreuils et les herbicides ont tous été invoqués pour expliquer la disparition des chevreuils.  Pourtant les chevreuils ont toujours vécu avec la plupart de ces conditions difficiles.  Mais quand Monsanto a admis que leur herbicide Vision était dangereux pour les orignaux, bingo, nous avons pu conclure que la véritable raison de la disparition des chevreuils était bien les herbicides.  C’est ce qui tue les chevreuils :  les herbicides éliminent le bois dur, une source d’alimentation pour le chevreuil.  C’est la raison principale de la disparition du chevreuil dans le nord.  Et maintenant, qu’est-ce que l’on utilisera dans les plantations?  Des herbicides.  Les chevreuils ne peuvent pas vivre dans les plantations.

Les coupes à blanc.  Mais pourquoi n’utilise-t-on pas des techniques plus sophistiquées comme les coupes sélectives?  Celles-ci encouragent la régénération, réduisent les coûts et aident la nature.  Bien souvent, la coupe à blanc n’est pas la première phase de l’exploitation des forêts.  Tout d’abord une première sélection est faite, les arbres qui devraient être respectés et demeurer debout sont d’abord coupés.  Puis, l’on fait des coupes sélectives qui lentement se transforment en coupe à blanc pour enfin faire place aux plantations.  Seule une meilleure supervision pourrait enrayer ce problème, mais il n’y en a pas.  Nous devrions créer des plantations pour les chevreuils, pour les animaux!

Les zones tampons.  Les grandes compagnies forestières prétendent qu’il y a des milliers et des milliers d’hectares de forêt qui sont protégés.  Il n’y a pas si longtemps, durant les années 50, 60 et 70, ces compagnies ignoraient complètement la présence des cours d’eau, et elles coupaient comme si les cours d’eau n’existaient pas.  Couper dans les zones tampons, ces minces lisières d’à peine 30 mètres, réduirait considérablement les habitats pour les chevreuils.  Des coupes à blanc autour des refuges d’hiver avec les épandages réguliers d’herbicides vont certainement exterminer la population de chevreuils.  Si l’on détruisait votre toit, seriez-vous capable de survivre?  Et pourtant on coupe tous les arbres matures.  Il ne faut absolument pas accorder le droit d’exploiter les zones tampons et les refuges de chevreuils.

Et les plantations ne sont pas gérées, elles sont plutôt abandonnées parce qu’elles ne produisent pas la quantité de fibres qu’elles étaient sensées produire.  Peut-être qu’elles pourraient avoir un meilleur rendement si elles étaient adéquatement gérées.  Les plantations sur les terres de la Couronne ont maintenant une vingtaine d’années.  Les plantations ne sont d’aucune utilité pour les animaux.  Une étude a démontré que dans les plantations où les arbres matures ont été éliminés il n’y a plus d’animaux.  Le Québec a mis en œuvre un plan pour rectifier les habitats des chevreuils, mais, ici au Nouveau-Brunswick, nous laissons les entreprises couper à blanc 95% de leur approvisionnement.  Il est temps que nous rectifiions notre tir.  Il n’y a pratiquement plus de gardes forestiers et ceux qui restent sont occupés à préparer des plans de gestion.  Très peu d’entre eux font de la surveillance et encore moins imposent les règlements.  Il y a très peu de condamnation pour braconnage; on devrait doubler et même tripler le nombre de surveillants.  À l’intérieur du comité aviseur dont M. Charrette fait partie, on a discuté de la disparition des chevreuils et de l’utilisation d’herbicides et nous en sommes venus à la conclusion que les grandes entreprises devraient être obligées de mettre sur pied des comités aviseurs et de suivre leurs recommandations.  Il y a une très grande différence entre ce qui est permis au Québec où l’on a pu constater de nettes améliorations.  On devrait mettre en place de tels comités un peu partout au Nouveau-Brunswick.

Rino Leclerc a travaillé en foresterie et il a utilisé divers équipements depuis 20 ans.  Au cours des quatre dernières années, il s’est impliqué dans une opération d’érablière sur les terres de la Couronne.  Le nombre d’opérations d’érablières s’est considérablement accru au cours des 15 dernières années.  80% de la production de sirop d’érable provient du N.-B.  Les chiffres de L’ACOA pour l’année 2001 montrent des ventes annuelles pour la totalité des industries ont été de 11,34 millions de dollars.

M. Leclerc est très inquiet des pratiques forestières de coupe à blanc et d’utilisation d’herbicides près ou tout à côté des érablières, ce qui cause des dommages par le vent et détériore l’équipement.  L’épandage d’herbicides empêche les opérateurs d’érablières d’être certifiés agrobiologiques, ce qui en retour signifie une réduction de 8% du revenu par livre de production.  Au début de 2003, le gouvernement a réservé 2000 hectares pour la production du sirop d’érable; cependant, ces terres sont aussi utilisées par l’industrie forestière.  M. Leclerc a affirmé que le gouvernement ne devrait pas permettre à l’industrie forestière d’avoir accès aux érablières.  C’est tout un secteur où de nouveaux marchés peuvent être développés, et le marketing de ce créneau existe pour la combinaison spéciale des érables argentés et des érables rouges.  Les forêts mixtes et les forêts à feuilles caduques devraient demeurer une priorité telle qu’elles sont.  Les forêts mixtes constituent aussi une barrière contre les incendies de forêt et contre la tordeuse de l’épinette.

Anne Knudsen, du comté Victoria, est copropriétaire d’un boisé de 300 acres.  Elle est éducatrice et l’une de ces environnementalistes.  Elle a affirmé qu’il serait grand temps qu’un débat soit tenu dans la province sur l’approvisionnement en bois.  Cependant, le prochain débat en profondeur devrait porter sur l’entièreté des terres de la Couronne et leur place comme source de revenus au N.-B.

Elle a trois préoccupations majeures par rapport à trois recommandations du rapport Jaakko-Pöyry :

  1. Que les grandes industries dictent au gouvernement de changer la loi afin de gagner plus de contrôle;

  2. Que le gouvernement subventionne une partie de cette étude, pourquoi les industries n’ont-elles pas payé pour elles-mêmes?

  3. Que le N.-B. ait embauché une compagnie finlandaise plutôt que d’utiliser une compagnie locale pour l’est du Canada;

Les trois recommandations du rapport Jaakko-Pöyry :

  • Culture plus intensive de sapins et d’épinettes dans le but de doubler le volume de bois coupé sur les terres de la Couronne;

  • Un approvisionnement garanti en bois par le gouvernement;

  • Une compensation garantie si l’approvisionnement fait défaut;

Ces trois recommandations sont totalement irresponsables.  Ces recommandations changeraient totalement le paysage autour de nous.  Tout serait déséquilibré.  Les forêts du N.-B. sont diversifiées et une partie de cette diversité a déjà été perdue.  Tout, l’eau, les animaux, et les arbres dépendent de la présence des forêts.  Avons-nous les moyens de bouleverser cet équilibre dans une époque de changements climatiques?

Comment notre gouvernement pourrait-il garantir un approvisionnement en bois!  Ce n’est pas en son pouvoir d’engager nos ressources forestières alors qu’aucun accord n’a été conclu avec les Premières Nations!

C’est une erreur de croire que la présence de la grande industrie va nous profiter à tous. 

Le cycle de l’essor et de la faillite fait partie intégrante de la nature des grandes entreprises.  Elles ne vont pas prendre soin de nous.  Le rôle du gouvernement est crucial.  Le gouvernement a la responsabilité de gouverner pour le bien à long terme de la population et non pas pour les gains à court terme des industries.  Nous devons reconnaître que ce qui a été fait aux terres de la Couronne n’est pas durable.  Il n’existe pas de règlements, seulement des lignes de conduite concernant les violations de l’environnement sur les terres de la Couronne et pas assez de personnel pour se charger des infractions et des plaintes à propos des terres de la Couronne.  Cette mauvaise gestion des terres de la Couronne n’inspire pas confiance quant à donner encore plus le contrôle de nos terres; nous devons cesser de suivre toujours le même vieux scénario.  Il a été irresponsable de confier la gestion à l’industrie.

Recommandations : 

  • Rejeter totalement le rapport Jaakko-Pöyry;

  • Tenir un débat public ouvert portant sur l’utilisation des terres de la Couronne, et comment apporter le meilleur soin à cette base de terre qui appartient à la collectivité;

  • Faire l’étude de divers modèles pour apprendre comment gérer les terres de la collectivité;

  • Faire une étude afin d’explorer les diverses sources de revenu qu’offre la forêt et qui profiteraient aux économies locales;

  • Faire une étude pour savoir comment accroître la valeur et la santé globale de la forêt et appliquer les principes :  identifier et respecter les repaires de chevreuils et les zones protégées;

  • faire l’étude des alternatives pour satisfaire nos besoins en pâtes et papiers, y compris d’autres fibres du bois, le recyclage et d’autres sources de matériel;

  • Inclure les Premières Nations dans nos débats et dans nos études.

Chris Allen, propriétaire de boisé et citoyen inquiet, apprécie le prolongement des audiences publiques, ancien membre de l’Association des producteurs de bois de Carleton Victoria, a été cadre pendant 6 ans à la Fédération des propriétaires de boisés du N.-B.  Le rapport Jaakko-Pöyry l’inquiète beaucoup.  Il y a 20 ans, le ministère des Ressources naturelles a fait des discours à propos de la durabilité des terres de la Couronne et sur la Loi sur les forêts, de même que sur les coupes annuelles permises.  Cela souleva de grands débats quant à savoir si cela était durable et de grandes inquiétudes quant à la distribution inégale des quotes-parts et l’effet que cela pouvait avoir sur les revenus à venir.  La question ici est que nous avons dû faire face à une nouvelle réalité; nous avons appris à y faire face en causant des dégâts ravageurs aux façons traditionnelles de travailler des producteurs de bois.  Un autre point fort est qu’on nous avait dit que la capacité de production pour la pulpe arrivait alors déjà à sa limite.

Aujourd’hui, les industries nous font des pressions afin que nos terres de la Couronne soient de plus en plus contrôlées, coupées, altérées et surexploitées par ces mêmes industries.  M. Irving s’attend encore à augmenter sa production malgré que la ressource soit limitée.  Nous avons donné à ces industries la clef leur donnant accès à une ressource à bon marché, leur demandant de se faire les gardiens de ces terres de la Couronne.  Maintenant, ils nous disent que les forêts ont en quelque sorte disparu, et mettent la pression en invoquant une dangereuse catastrophe économique qui pourrait sévir à travers la province.  Ils veulent faire sauter les derniers retranchements d’une tutelle responsable de la forêt commune.  Il est clair que les entreprises nous traînent jusqu’au bord de l’abîme en détruisant nos ressources et en nous guidant vers la pauvreté qui en résulte.  Ils vont continuer à s’agrandir jusqu’à ce que le dernier arbre tombe.

Recommandations :

  • Procéder au démantèlement de la loi qui donne tout le pouvoir aux multinationales et redonner les forêts à la population;

  • Réassigner le soin et le contrôle de toutes les terres de la Couronne à la collectivité afin de surveiller leurs espaces de terres communes!

 

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